La Fashion Week de Paris Automne-Hiver 2025/26 : entre sublime et déroutant
À chaque saison, la Fashion Week de Paris nous emporte dans un tourbillon d’émotions, oscillant entre éclats de génie et choix déroutants. L’édition Automne-Hiver 2025/2026 n’a pas dérogé à la règle, offrant des instants de grâce absolue et de faux pas stylistiques. Voici mon regard très personnel sur ce qui m’a émerveillée… ou laissée perplexe.
Chanel : un retour aux sources inspirant
Bien que Matthieu Blazy n'ait pas signé cette collection, Chanel a finalement su captiver notre attention avec des coupes structurées et des clins d'œil aux codes iconiques de la maison. Du tweed au cuir matelassé, des colliers de perles revisités à l'incontournable camélia, tout était réuni pour une collection à la fois intemporelle et moderne qui a réconcilié tradition et renouveau. C’est réconfortant de savoir que Chanel retourne à ses classiques. Impatiente de voir la suite….
Givenchy : l'élégance retrouvée
Sous la direction de Sarah Burton, Givenchy a retrouvé sa majesté. Des coupes nettes, des textures opulentes et une fluidité maîtrisée avec des tissus splendides ont fait de cette collection hivernale un véritable succès. Givenchy a brillé par son élégance et sa modernité, offrant une collection raffinée et désirable. Bravo.
Alaïa : sensualité et structure
Pieter Mulier continue d'insuffler la sensualité unique d'Alaïa. Chaque pièce semblait construite sur le corps des mannequins, jouant avec la matière et la lumière. Jupons flottants, robes aux coupes architecturales, capuches intégrées... Une merveille de sophistication et de dynamisme. Une collection parfaite, qui confirme qu'Alaïa reste un incontournable de la mode parisienne.
Dries Van Noten : poésie d'hiver
Chaque saison, Dries Van Noten mélange art et portabilité avec une justesse rare. Cette fois-ci, les noirs profonds, les blancs neige, les gris pâles et les teintes ambrées formaient une palette hivernale onirique, ponctuée de paillettes surdimensionnées. Une collection qui confirme le talent inégalé de la maison Dries Van Noten pour créer des pièces à la fois artistiques et portables.
Balmain : maîtrise et puissance
Olivier Rousteing livre une collection ultra-travaillée, avec des coupes fortes, des silhouettes puissantes et un sens du drame bien dosé. Les codes de la maison ont été respectés tout en étant réinterprétés avec mention spéciale aux bottes exagérées et aux imprimés animaliers dosés avec brio. Une collection cohérente et impactante, qui confirme que Balmain est une référence majeure de la mode.
Chloé : douceur et fluidité
Sous la direction de Chemena Kamali, Chloé continue d'explorer un vestiaire élégant et moderne. Les pièces fluides et les teintes douces ont séduit encore et encore. La fourrure par touches et les tenues en cuir insufflent une belle dynamique. Chloé confirme la belle direction prise ces dernières saisons, avec une collection féminine et désirable.
Schiaparelli : un spectacle fascinant
Daniel Roseberry a une fois de plus transformé le défilé en un moment inoubliable. Les silhouettes précise et impeccables, les couleurs qui s’alternent entre noir profond, écru lumineux, or pailleté et une touche de bleu nuit sur des tissus et des fourrures sensuelles, ont captivé l'audience. Schiaparelli a atteint des sommets, rappelant l'héritage surréaliste de la maison.
Rick Owens : l'avant-garde
Impossible de passer à côté de Rick Owens, dont l’esthétique radicale continue de bousculer la mode parisienne. Cette saison encore, dans une atmosphère tamisée et envoûtante, le créateur a exploré des volumes sculpturaux, des superpositions audacieuses et une palette sombre hypnotique. Un défilé à la fois mystique, puissant et d’une intensité saisissante.
Hermès : l'élégance intemporelle
Sous la direction de Nadège Vanhee-Cybulski, Hermès a une fois de plus prouvé sa maîtrise du luxe épuré. Cette saison, la maison a livré une collection où le minimalisme rencontre un raffinement absolu. Des cuirs somptueux, des teintes automnales parfaitement dosées et des silhouettes d’une justesse impeccable ont composé un vestiaire à la fois discret et sophistiqué. Et bien sûr, impossible de ne pas mentionner les accessoires : inaccessibles pour la plupart, mais toujours irrésistiblement désirables.
Alexander McQueen : une nouvelle ère en construction
Seán McGirr, fraîchement à la tête de la maison, poursuit son exploration de l'héritage McQueen tout en imposant peu à peu sa patte. Cette saison, il a misé sur des coupes acérées, des looks puissants et une approche plus directe du tailoring. L’esthétique dramatique chère à la maison était bien présente, mais revisitée avec une énergie plus brute et contemporaine qui reprend les codes de la maison. Une collection qui intrigue et qui pose les bases d’une nouvelle ère pour McQueen.
Les déceptions
Christian Dior : une déception attendue
Malheureusement, Dior n'a pas réussi à convaincre cette saison. Maria Grazia Chiuri semble s'enliser dans une esthétique répétitive, avec une palette de couleurs sans éclats (beiges, crème, blanc laiteux) et des silhouettes qui manquent cruellement d'innovation. Le résultat, une collection qui respire le déjà-vu, sans audace ni renouveau. Dior doit se réinventer pour retrouver sa place en tête de la scène mode.
Balenciaga : Une constante répétition
Demna Gvasalia continue de jouer avec les volumes XXL et les silhouettes dystopiques, mais l'effet de surprise s'essouffle. La collection manquait cruellement de nouveauté et semblait recycler les mêmes inspirations des saisons précédentes. A mon avis, Balenciaga aurait besoin d'un nouveau souffle pour rester pertinent.
Miu Miu : pas convaincue
Miuccia Prada a opté pour une collection expérimentale, mais le résultat était désordonné. Trop de superpositions aux couleurs trop contrastées et un mélange de matières peu harmonieux ont donné une impression de confusion. L'ADN espiègle et nonchalant de Miu Miu s'est perdu dans cette collection, qui manquait de cohérence et de fraicheur.
Valentino : une catastrophe visuelle
Alessandro Michele, habituellement maître dans l'art de la sophistication, a déçu avec une collection incohérente et des choix stylistiques vraiment maladroits. La mise en scène n'a pas aidé à sauver le spectacle avec un décors (des toilettes rouges) peu flatteur aux antipodes de l’élégance et du raffinement de la maison de couture. A mon avis ce défilé a été une véritable catastrophe qui ternit l'image de Valentino. C’est impératif de retrouver la magie qui caractérise la maison de mode pour les prochaines saisons.
Les jeunes talents à suivre
Ludovic de Saint-Sernin : minimalisme sensuel
Ludovic de Saint-Sernin, avec ses créations épurées, souvent androgynes, a encore joué avec les transparences et les coupes ajustées pour créer une esthétique à la fois provocante et sophistiquée qui a décidément séduit avec des cuirs et des silhouettes sculptés sur des corps nus. Ludovic de Saint-Sernin est un maître de l'élégance assumée. Son travail, à la fois intime et universel, résonne avec une génération en quête de liberté et d'expression.
Matière Fécales : une rébellion nécessaire
Le duo de créateurs à l'origine de Matière Fécales s'est rencontré à Montréal, lors de leurs études au Collège LaSalle. Et leur travail reflète parfaitement cet esprit underground et subversif. Néanmoins cette saison leur collection s’est assagie et… avait des ailes. Entre silhouettes sculptées, tissus nobles dévorés, blousons disproportionnés, leur collection était empreinte d’une certaine douceur et portabilité qui fait de cette jeune marque une référence à suivre absolument.
Conclusion de la Fashion Week de Paris
Cette Fashion Week a une fois de plus prouvé que la mode parisienne est un spectacle permanent, oscillant entre merveilles et interrogations en perpétuel mouvement. Si certaines maisons ont brillé, d'autres peinent à se renouveler. Heureusement, la jeune garde apporte une énergie rafraîchissante. Mais une chose est sûre : la mode parisienne reste un spectacle à part, où chaque défilé raconte une histoire, qu'elle soit sublime ou déroutante.
J’ai déjà hâte à la prochaine Fashion Week de Paris.